L’un des textes les plus célèbres de la liturgie de Roch Hachana et de Kippour, d’origine ashkénaze mais qui a aussi intégré la plupart des vieux rituels sépharades (notamment celui de Rav Ovadia Yossef), s’intitule « Ounetané Tokef », « nous allons dire la puissance (de la sainteté de ce jour) ».
Le point culminant de cette prière réside dans la proclamation suivante faite par toute l’assemblée : « et le repentir, la prière, et la charité, chassent le mal du décret.» Ainsi, l’effort de l’individu dans ces trois dimensions permet d’obtenir une décision positive dans le jugement divin qui commence à Roch Hachana et se termine à Kippour.
En fait, la traduction habituelle des trois mots, « téchouva », repentir, « téfila », prière, « tsédaka », charité, est partielle, et en cela, quelque part, inexacte. En traduisant correctement ces termes, nous allons voir qu’ils ont une portée infiniment plus haute.
« Repentir » signifie qu'une personne a agi d’une certaine manière mais se rend compte qu’elle a fait une erreur. Elle regrette alors et décide de changer. Cette traduction n’est pas erronée car l’un des critères qui permettent de mesurer la sincérité d’une décision pour le futur est bien de savoir comment nous regardons le passé. Mais elle semble ne concerner que celui qui a quelque chose à se reprocher. Or, « téchouva » signifie littéralement « retour » et cette traduction permet de donner à la téchouva une dimension infinie. Car retour signifie qu’en fait, l’essence profonde de l’être souhaite faire le bien. Prendre conscience de son erreur ne signifie donc pas changer, comme pourrait le laisser entendre le terme « repentir ». Cela signifie « retourner », revenir à son moi le plus profond qui est positif. Et cet effort pour faire un retour à soi a toujours un sens quel que soit le niveau spirituel de la personne, même pour un Juste.
« Prière », signifie « demande », et présuppose que quelque chose manque à celui ou celle qui s’adresse à D.ieu. Cette traduction, là aussi, n’est pas fausse car la prière est un acte fondamental par lequel nous reconnaissons que D.ieu est le maître du monde et dispose de tous les éléments de la création. Et c’est la raison pour laquelle nous Lui adressons, à Lui Seul, nos prières. Mais celui qui se sent comblé dans sa vie pourrait alors considérer que la prière ne le concerne pas. Nos sages expliquent que le terme hébraïque « téfila », vient de la racine « tofel » qui signifie « nouer », « attacher » Le sens profond de la « prière », sa finalité, est d’essayer de s’attacher au Créateur, de faire vibrer l’âme qui réside en chacun de nous et qui représente notre point d’attache avec Lui. Et dans cette perspective, nous avons tous à puiser des forces spirituelles, tous les jours, et en particulier le jour de Kippour.
« Charité » signifie que l’on donne à celui qui est dans le besoin, et que cet acte traduit la compassion que nous avons pour lui. De plus, il laisse entendre que le don est le seul fruit du bon vouloir, et qu’il n’y avait aucune obligation de donner. Que faire lorsque l'on ne ressent pas un tel sentiment ? Or, en hébreu, « tsédaka » dérive de la racine « tsédek » qui signifie « justice ». Pour le judaïsme, celui qui donne s’associe à D.ieu pour rétablir la justice dans ce monde. Dès lors, le don n’est pas un acte philanthropique, qui pourrait disparaître si le sentiment de générosité s’évanouit. Il est un acte de justice, nécessaire, par lequel nous nous associons à D.ieu en parachevant la perfection de la Création.
Affichage des articles dont le libellé est Yom Kippour. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Yom Kippour. Afficher tous les articles
dimanche 9 septembre 2012
jeudi 24 septembre 2009
Lectures de la Thora de Yom Kippour
La paracha que nous lisons à Yom Kippour décrit le service qu’effectuait le Grand Prêtre ce jour là dans le Temple de Jérusalem.
Une des caractéristiques de ce service était le tirage au sort (« Goral ») effectué entre deux boucs (identiques en âge, en taille et en apparence). Ce tirage désignait l’un pour être offert à D.ieu en sacrifice dans le Temple et l’autre pour être envoyé à la mort dans le désert pour y emporter les fautes d’Israël.
Le moment le plus intense de ce service était atteint lorsque le Grand Prêtre entrait dans la partie la plus sacrée du Temple, le Saint des Saints, vêtu d’habits spécifiques pour Yom Kippour faits de pur lin blanc. Il tenait alors dans sa main droite un récipient contenant des braises et dans sa main gauche un récipient contenant le volume d’une poignée d’encens. A l’intérieur du Saint des Saints, il déposait les encens sur les braises, attendait que la chambre s’emplisse du de la fumée aromatique, et se retirait. « Ce sera un statut éternel pour vous… » conclut la paracha « car ce jour D.ieu effacera vos fautes pour vous purifier, de sorte que vous soyez purifiés de vos fautes devant l’Eternel une fois dans l’année. »
Nous lisons aussi la Thora l’après midi : le chapitre 18 du Lévitique qui traite des relations interdites : l’inceste, l’adultère, etc… La lecture est suivie par celle de la Haftara (texte des prophètes) racontant l’histoire de Jonas. Ce prophète avait été envoyé par D.ieu pour prophétiser la destruction d’une grande ville dont tous les habitants avaient sombré dans la faute, Ninive. Mais refusant cette mission, il avait fui D.ieu, embarquant dans un bateau. Pris dans une tempête, Jonas fut englouti par un poisson géant. D.ieu lui apprit par la suite le pouvoir de la prière et du repentir qui éveille la miséricorde divine.
Une des caractéristiques de ce service était le tirage au sort (« Goral ») effectué entre deux boucs (identiques en âge, en taille et en apparence). Ce tirage désignait l’un pour être offert à D.ieu en sacrifice dans le Temple et l’autre pour être envoyé à la mort dans le désert pour y emporter les fautes d’Israël.
Le moment le plus intense de ce service était atteint lorsque le Grand Prêtre entrait dans la partie la plus sacrée du Temple, le Saint des Saints, vêtu d’habits spécifiques pour Yom Kippour faits de pur lin blanc. Il tenait alors dans sa main droite un récipient contenant des braises et dans sa main gauche un récipient contenant le volume d’une poignée d’encens. A l’intérieur du Saint des Saints, il déposait les encens sur les braises, attendait que la chambre s’emplisse du de la fumée aromatique, et se retirait. « Ce sera un statut éternel pour vous… » conclut la paracha « car ce jour D.ieu effacera vos fautes pour vous purifier, de sorte que vous soyez purifiés de vos fautes devant l’Eternel une fois dans l’année. »
Nous lisons aussi la Thora l’après midi : le chapitre 18 du Lévitique qui traite des relations interdites : l’inceste, l’adultère, etc… La lecture est suivie par celle de la Haftara (texte des prophètes) racontant l’histoire de Jonas. Ce prophète avait été envoyé par D.ieu pour prophétiser la destruction d’une grande ville dont tous les habitants avaient sombré dans la faute, Ninive. Mais refusant cette mission, il avait fui D.ieu, embarquant dans un bateau. Pris dans une tempête, Jonas fut englouti par un poisson géant. D.ieu lui apprit par la suite le pouvoir de la prière et du repentir qui éveille la miséricorde divine.
Libellés :
Résumés de Paracha,
Yom Kippour
dimanche 28 septembre 2008
Pardon ou expiation ?
Selon l'avis de Rashi (sur Deut. 9:10), Moshé descendit du Mont Sinaï le 17 tamouz avec les premières tables de la loi. C'est alors qu'il vit le veau d'or et le culte que lui rendaient les Hébreux et brisa les tables.
Le 18 tamouz, il remonta en haut du Mont Sinaï pour prier en faveur d'Israël durant 40 jours.
Le 40e jour, c'est-à-dire le 29 du mois de av, le Saint beni soit-Il agréa la prière de Moshé et lui ordonna de fabriquer de nouvelles tables.
Il se passa encore 40 jours jusqu'au jour de Kippour (le 10 tishri) où le Saint béni soit-il pardonna Israël "dans la joie" et déclara à Moshé : "J'ai pardonné, comme tu me l'avais demandé" (sala'hti ki-devarékha).
C'est pour cette raison que le jour de Kippour a été fixé de manière permanente comme jour du Pardon divin.
Reste à comprendre la différence entre le 29 av et le 10 tishri. Si D. avait déjà pardonné le 29 av, pourquoi encore 40 jours de prières ? Pourquoi attendre le jour de Kippour pour donner les deuxièmes tables ?
Pour répondre à cette question, il faut commencer par une brève introduction.
Selon la décision de Maïmonide (Hil. Téshouva 3:3), celui qui regrette d'avoir accompli une mitsva perd le mérite de cette mitsva. A l'inverse, lorsqu'un Juif regrette ses fautes, les Sages expliquent que le pardon accordé relève de la bonté ou de la grâce divine. Cela semble parfaitement illogique : si un regret est en mesure d'effacer une bonne action, pourquoi ne serait-il pas en mesure d'en effacer une mauvaise ?
Telle est la question que posa R. El'hanan Wasserman à son maître, le 'Hafets 'Hayim. Ce dernier lui répondit que la question était fondée mais que la différence réside dans le fait que non seulement D. transforme les fautes de celui qui se repent par amour, mais plus encore il les transforme en mérite. Là réside la miséricorde de D.
Mais au fond, pourquoi un regret effacerait-il une faute ?
Parce qu'au moment même où un Juif regrette sa faute, sa volonté est coupée de la faute en question, selon le principe suivant : "Lorsque la volonté est déracinée, l'acte l'est également".
Le 'Hida rapporte un autre principe, selon lequel : "Rien ne peut faire barrage à la volonté". Mais il y a généralement un malentendu à ce propos. Car sans l'aide de D. l'homme ne peut rien accomplir. Une compréhension littérale de ce principe reviendrait donc à l'hérésie. On peut désirer et vouloir accomplir toutes sortes de choses sans pouvoir jamais y parvenir.
Le véritable sens de ce principe est que dans le domaine de la volonté il n'y a pas de barrière. Je peux vouloir ce que je décide de vouloir. Rien ne peut m'en empêcher. Pour ce qui est de la réalisation de cette volonté, là j'aurai besoin d'une aide céleste, mais pour ce qui est de la volonté, je suis parfaitement autonome.
C'est pourquoi, lorsqu'un Juif prie 3 fois par jour "Pardonne-nous" (séla'h lanou) et qu'il coupe le lien qui existait entre sa faute et sa volonté, il mérite d'être pardonné au sens où il ne sera pas puni pour sa faute. Mais sa faute est toujours là.
Cela est semblable au cas d'un enfant qui aurait brisé un vase de valeur. Lorsque son père vient le punir, il le supplie de bien vouloir le pardonner. Le père accède à sa demande et ne le punit pas. Mais il n'en reste pas moins que le vase est maintenant brisé, le pardon paternel n'y peut rien changer.
C'est pour cette raison que nous avons eu besoin de 40 jours supplémentaires entre le 29 av et le 10 tishri pour obtenir un véritable pardon de D. Pour que non seulement nous ne soyons pas punis, mais plus encore pour que notre faute elle-même soit effacée comme si elle n'avait jamais existé.
Cela ressort d'ailleurs de la formulation des prières de Kippour où est mise en avant l'expiation (kappara) plutôt que le simple pardon (séli'ha). Les Maîtres font remarquer que la racine des mots kippour, kappara, signifie nettoyage, effacement. La faute elle-même n'existe plus. (Tel est d'ailleurs le sens profond du Jubilé, le retour de chaque chose à son état originel.)
En plus de Kippour, nous trouvons un autre moyen d'obtenir l'effacement complet de nos fautes. Les Sages enseignent en effet que lorsqu'un Juif est occupé à étudier la Tora, toutes ses fautes lui sont effacées. Pour quelle raison ?
Comme cela est expliqué à la fin du traité Ta'anit (voir également Rashi sur place), le jour de Kippour est avant tout le jour du Don de la Tora, puisque c'est en ce jour que nous avons reçu les deuxièmes tables. C'est-à-dire qu'il y a un lien intime entre notre capacité à recevoir la Tora et l'effacement de nos fautes par le Saint béni soit-Il.
Cela permet de rendre raison des paroles du Sefat Emet selon lequel celui qui étudie la Tora en vue d'obtenir l'effacement de ses fautes est considéré comme quelqu'un qui étudie la Tora de manière désintéressée. Car tel est le but originel du don de la Tora : offrir à l'homme la possibilité de s'amender et de mériter que ses fautes soient intégralement et définitivement effacées.
D'après un cours de R. Shmouel Asher Schlammé
Mashgia'h Rou'hani de la Yéshiva de Manchester.
Le 18 tamouz, il remonta en haut du Mont Sinaï pour prier en faveur d'Israël durant 40 jours.
Le 40e jour, c'est-à-dire le 29 du mois de av, le Saint beni soit-Il agréa la prière de Moshé et lui ordonna de fabriquer de nouvelles tables.
Il se passa encore 40 jours jusqu'au jour de Kippour (le 10 tishri) où le Saint béni soit-il pardonna Israël "dans la joie" et déclara à Moshé : "J'ai pardonné, comme tu me l'avais demandé" (sala'hti ki-devarékha).
C'est pour cette raison que le jour de Kippour a été fixé de manière permanente comme jour du Pardon divin.
Reste à comprendre la différence entre le 29 av et le 10 tishri. Si D. avait déjà pardonné le 29 av, pourquoi encore 40 jours de prières ? Pourquoi attendre le jour de Kippour pour donner les deuxièmes tables ?
Pour répondre à cette question, il faut commencer par une brève introduction.
Selon la décision de Maïmonide (Hil. Téshouva 3:3), celui qui regrette d'avoir accompli une mitsva perd le mérite de cette mitsva. A l'inverse, lorsqu'un Juif regrette ses fautes, les Sages expliquent que le pardon accordé relève de la bonté ou de la grâce divine. Cela semble parfaitement illogique : si un regret est en mesure d'effacer une bonne action, pourquoi ne serait-il pas en mesure d'en effacer une mauvaise ?
Telle est la question que posa R. El'hanan Wasserman à son maître, le 'Hafets 'Hayim. Ce dernier lui répondit que la question était fondée mais que la différence réside dans le fait que non seulement D. transforme les fautes de celui qui se repent par amour, mais plus encore il les transforme en mérite. Là réside la miséricorde de D.
Mais au fond, pourquoi un regret effacerait-il une faute ?
Parce qu'au moment même où un Juif regrette sa faute, sa volonté est coupée de la faute en question, selon le principe suivant : "Lorsque la volonté est déracinée, l'acte l'est également".
Le 'Hida rapporte un autre principe, selon lequel : "Rien ne peut faire barrage à la volonté". Mais il y a généralement un malentendu à ce propos. Car sans l'aide de D. l'homme ne peut rien accomplir. Une compréhension littérale de ce principe reviendrait donc à l'hérésie. On peut désirer et vouloir accomplir toutes sortes de choses sans pouvoir jamais y parvenir.
Le véritable sens de ce principe est que dans le domaine de la volonté il n'y a pas de barrière. Je peux vouloir ce que je décide de vouloir. Rien ne peut m'en empêcher. Pour ce qui est de la réalisation de cette volonté, là j'aurai besoin d'une aide céleste, mais pour ce qui est de la volonté, je suis parfaitement autonome.
C'est pourquoi, lorsqu'un Juif prie 3 fois par jour "Pardonne-nous" (séla'h lanou) et qu'il coupe le lien qui existait entre sa faute et sa volonté, il mérite d'être pardonné au sens où il ne sera pas puni pour sa faute. Mais sa faute est toujours là.
Cela est semblable au cas d'un enfant qui aurait brisé un vase de valeur. Lorsque son père vient le punir, il le supplie de bien vouloir le pardonner. Le père accède à sa demande et ne le punit pas. Mais il n'en reste pas moins que le vase est maintenant brisé, le pardon paternel n'y peut rien changer.
C'est pour cette raison que nous avons eu besoin de 40 jours supplémentaires entre le 29 av et le 10 tishri pour obtenir un véritable pardon de D. Pour que non seulement nous ne soyons pas punis, mais plus encore pour que notre faute elle-même soit effacée comme si elle n'avait jamais existé.
Cela ressort d'ailleurs de la formulation des prières de Kippour où est mise en avant l'expiation (kappara) plutôt que le simple pardon (séli'ha). Les Maîtres font remarquer que la racine des mots kippour, kappara, signifie nettoyage, effacement. La faute elle-même n'existe plus. (Tel est d'ailleurs le sens profond du Jubilé, le retour de chaque chose à son état originel.)
En plus de Kippour, nous trouvons un autre moyen d'obtenir l'effacement complet de nos fautes. Les Sages enseignent en effet que lorsqu'un Juif est occupé à étudier la Tora, toutes ses fautes lui sont effacées. Pour quelle raison ?
Comme cela est expliqué à la fin du traité Ta'anit (voir également Rashi sur place), le jour de Kippour est avant tout le jour du Don de la Tora, puisque c'est en ce jour que nous avons reçu les deuxièmes tables. C'est-à-dire qu'il y a un lien intime entre notre capacité à recevoir la Tora et l'effacement de nos fautes par le Saint béni soit-Il.
Cela permet de rendre raison des paroles du Sefat Emet selon lequel celui qui étudie la Tora en vue d'obtenir l'effacement de ses fautes est considéré comme quelqu'un qui étudie la Tora de manière désintéressée. Car tel est le but originel du don de la Tora : offrir à l'homme la possibilité de s'amender et de mériter que ses fautes soient intégralement et définitivement effacées.
D'après un cours de R. Shmouel Asher Schlammé
Mashgia'h Rou'hani de la Yéshiva de Manchester.
Libellés :
Jours de fête,
Yom Kippour
lundi 27 août 2007
Tishri ou l’Espérance d’Israël
En cette veille de Rosh ha-Shana, je me permets de partager avec vous un enseignement de Rav Shmouel Asher Schlammé, mashguia’h de la yéshiva de Manchester. [L’entière responsabilité de l’adaptation écrite et de ses erreurs potentielles demeure mienne.]
Après la traversée de la Mer Rouge, Israël fut attaqué par son ennemi éternel, Amalec. Durant la bataille, Moshé se tint en prière, entouré d’Aharon et de ‘Hour. « Or, tant que Moshé tenait son bras levé, Israël avait le dessus ; lorsqu’il le laissait fléchir, c’est Amalec qui l’emportait » (Exode 17:11). Rashi explique que Moshé levait ses mains en prière de telle manière que ses mains elles-mêmes étaient « émouna », foi. Rashi rapporte toutefois l’élucidation du Talmud : « Etaient-ce les mains de Moshé qui gagnaient la bataille ? Non, plutôt, lorsqu’Israël [suivaient la direction indiquée par les mains de Moshé et] levaient leurs yeux vers le Ciel, ils gagnaient, etc. ».
Mais le plus étonnant est que Rashi, d’après les Sages, qualifie les mains de Moshé de « émouna », foi. La Tora n’enseigne-t-elle pas que : « La voix, c’est la voix de Jacob ; mais les mains sont les mains d’Esaü » (Genèse 27:22), c’est-à-dire que la force d’Israël réside dans sa parole, contrairement à Esaü dont la force est celle des mains ?
C’est pour cette raison même qu’Esaü porterait son nom – ‘Essav, en hébreu, provenant de la même racine que ‘assia, l’action – sa présence au monde n’étant que du domaine de l’action ; la voix à travers ses formes les plus nobles – prière, étude – demeure l’apanage de Jacob.
Du point de vue de la halakha, Rabbi Akiva Eiger (1768-1838) précise dans son commentaire sur le Shoul’han ‘Aroukh qu’en vérité, nous devrions nous aussi prier les mains tendues vers le Ciel. Ce qui nous en empêche, c’est que les nations ont adopté cet usage et qu’il nous est interdit de suivre les mêmes voies qu’eux.
Mais quelle est donc la signification d’une prière les mains tendues vers le Ciel ?
L’explication simple consiste à y voir un acte de renonciation, de résignation de l’homme : « Je ne peux rien accomplir de mes seules mains ; tout est entre Tes mains, en Ton pouvoir ».
Lorsqu’on se lave les mains avant de manger du pain, lorsque l’on fait nétilat yadayim, la signification est la même. Un homme peut avoir peiné toute la journée, lorsqu’il rentre chez lui le soir venu et s’apprête à manger, il dresse les mains qu’il vient de purifier comme pour dire : « Malgré tout mon labeur, c’est à Toi seul que je suis redevable de ma subsistance, Toi qui fais sortir le pain de la terre (ha-motsi lé’hém min ha-arets) ».
Pour obtenir le pardon divin, le peuple d’Israël dispose de deux ressources : la prière (téfila) et le repentir (téshouva). Quelle est la différence entre ces deux moyens ?
Pour le Midrash, le repentir est semblable à la mer tandis que la prière ressemble à un mikvé, un bain de purification rituelle.
De même que la mer est une étendue d’eau ouverte à tous, toujours disponible, le repentir d’un homme est toujours agréé. Rien ne peut faire obstacle à qui veut véritablement s’amender.
Le mikvé, quant à lui, est un lieu qui a ses horaires d’ouverture et de fermeture. Pour qu’une prière soit acceptée, faut-il encore savoir prier, réunir les conditions nécessaires à la prière, bénéficier d’une heure qui y soit propice (‘et ratson).
Cette idée apparaît déjà en filigranes dans la conclusion du traité talmudique Yoma, entièrement consacré à Kippour :
« Rabbi Akiva enseigne : Heureux soyez-vous Israël ! Devant qui vous purifiez-vous ? et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux Cieux ! Ainsi qu’il est dit : “Et j’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs” (Ezéchiel 36:25). Et il est encore dit : “L’espérance d’Israël, c’est D.ieu” (Jérémie 17:13) : de même que le mikvé purifie ceux qui sont impurs, de même le Saint béni soit-Il purifie Israël. »
Si les eaux pures du premier verset font allusion au repentir, à cette mer toujours ouverte, le second verset se réfère quant à lui explicitement au mikvé puisque c’est le terme même qui est utilisé, ce dernier signifiant en hébreu « espérance » aussi bien que « bain de purification ».
Pourquoi donc se répandre en prières s’il suffit de se repentir ?
Tout simplement parce que, lorsque Rosh ha-Shana approche, beaucoup d’entre nous se rendent compte que presqu’aucune de nos résolutions de repentance n’ont eu d’effet durable et que nous en sommes revenus à nos anciens travers.
Lorsque l’on réalise qu’après tant de regrets sincères et malgré une volonté qui ne l’était pas moins, nous avons répété encore et encore nos erreurs, une unique solution demeure : prier.
Depuis le 1er du mois de elloul et jusqu’au 10 tishri, le jour de Kippour, soit pendant 40 jours, D.ieu nous offre une période propice à l’acceptation des prières, à la réalisation de nos vœux d’amendement, de progrès, d’amélioration, d’élévation. Mieux qu’une mer, certes toujours ouverte mais qui nous semble infranchissable de par son immensité, il nous ouvre pendant ces 40 jours un bain de purification, un mikvé, une espérance.
Sachons saisir ces moments exceptionnels, tendons vers lui nos mains et remettons notre destin entre les Siennes en lui demandant de nous purifier pour une nouvelle année de joie, de santé et de progrès spirituel.
Après la traversée de la Mer Rouge, Israël fut attaqué par son ennemi éternel, Amalec. Durant la bataille, Moshé se tint en prière, entouré d’Aharon et de ‘Hour. « Or, tant que Moshé tenait son bras levé, Israël avait le dessus ; lorsqu’il le laissait fléchir, c’est Amalec qui l’emportait » (Exode 17:11). Rashi explique que Moshé levait ses mains en prière de telle manière que ses mains elles-mêmes étaient « émouna », foi. Rashi rapporte toutefois l’élucidation du Talmud : « Etaient-ce les mains de Moshé qui gagnaient la bataille ? Non, plutôt, lorsqu’Israël [suivaient la direction indiquée par les mains de Moshé et] levaient leurs yeux vers le Ciel, ils gagnaient, etc. ».
Mais le plus étonnant est que Rashi, d’après les Sages, qualifie les mains de Moshé de « émouna », foi. La Tora n’enseigne-t-elle pas que : « La voix, c’est la voix de Jacob ; mais les mains sont les mains d’Esaü » (Genèse 27:22), c’est-à-dire que la force d’Israël réside dans sa parole, contrairement à Esaü dont la force est celle des mains ?
C’est pour cette raison même qu’Esaü porterait son nom – ‘Essav, en hébreu, provenant de la même racine que ‘assia, l’action – sa présence au monde n’étant que du domaine de l’action ; la voix à travers ses formes les plus nobles – prière, étude – demeure l’apanage de Jacob.
Du point de vue de la halakha, Rabbi Akiva Eiger (1768-1838) précise dans son commentaire sur le Shoul’han ‘Aroukh qu’en vérité, nous devrions nous aussi prier les mains tendues vers le Ciel. Ce qui nous en empêche, c’est que les nations ont adopté cet usage et qu’il nous est interdit de suivre les mêmes voies qu’eux.
Mais quelle est donc la signification d’une prière les mains tendues vers le Ciel ?
L’explication simple consiste à y voir un acte de renonciation, de résignation de l’homme : « Je ne peux rien accomplir de mes seules mains ; tout est entre Tes mains, en Ton pouvoir ».
Lorsqu’on se lave les mains avant de manger du pain, lorsque l’on fait nétilat yadayim, la signification est la même. Un homme peut avoir peiné toute la journée, lorsqu’il rentre chez lui le soir venu et s’apprête à manger, il dresse les mains qu’il vient de purifier comme pour dire : « Malgré tout mon labeur, c’est à Toi seul que je suis redevable de ma subsistance, Toi qui fais sortir le pain de la terre (ha-motsi lé’hém min ha-arets) ».
Pour obtenir le pardon divin, le peuple d’Israël dispose de deux ressources : la prière (téfila) et le repentir (téshouva). Quelle est la différence entre ces deux moyens ?
Pour le Midrash, le repentir est semblable à la mer tandis que la prière ressemble à un mikvé, un bain de purification rituelle.
De même que la mer est une étendue d’eau ouverte à tous, toujours disponible, le repentir d’un homme est toujours agréé. Rien ne peut faire obstacle à qui veut véritablement s’amender.
Le mikvé, quant à lui, est un lieu qui a ses horaires d’ouverture et de fermeture. Pour qu’une prière soit acceptée, faut-il encore savoir prier, réunir les conditions nécessaires à la prière, bénéficier d’une heure qui y soit propice (‘et ratson).
Cette idée apparaît déjà en filigranes dans la conclusion du traité talmudique Yoma, entièrement consacré à Kippour :
« Rabbi Akiva enseigne : Heureux soyez-vous Israël ! Devant qui vous purifiez-vous ? et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux Cieux ! Ainsi qu’il est dit : “Et j’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs” (Ezéchiel 36:25). Et il est encore dit : “L’espérance d’Israël, c’est D.ieu” (Jérémie 17:13) : de même que le mikvé purifie ceux qui sont impurs, de même le Saint béni soit-Il purifie Israël. »
Si les eaux pures du premier verset font allusion au repentir, à cette mer toujours ouverte, le second verset se réfère quant à lui explicitement au mikvé puisque c’est le terme même qui est utilisé, ce dernier signifiant en hébreu « espérance » aussi bien que « bain de purification ».
Pourquoi donc se répandre en prières s’il suffit de se repentir ?
Tout simplement parce que, lorsque Rosh ha-Shana approche, beaucoup d’entre nous se rendent compte que presqu’aucune de nos résolutions de repentance n’ont eu d’effet durable et que nous en sommes revenus à nos anciens travers.
Lorsque l’on réalise qu’après tant de regrets sincères et malgré une volonté qui ne l’était pas moins, nous avons répété encore et encore nos erreurs, une unique solution demeure : prier.
Depuis le 1er du mois de elloul et jusqu’au 10 tishri, le jour de Kippour, soit pendant 40 jours, D.ieu nous offre une période propice à l’acceptation des prières, à la réalisation de nos vœux d’amendement, de progrès, d’amélioration, d’élévation. Mieux qu’une mer, certes toujours ouverte mais qui nous semble infranchissable de par son immensité, il nous ouvre pendant ces 40 jours un bain de purification, un mikvé, une espérance.
Sachons saisir ces moments exceptionnels, tendons vers lui nos mains et remettons notre destin entre les Siennes en lui demandant de nous purifier pour une nouvelle année de joie, de santé et de progrès spirituel.
Libellés :
Jours de fête,
Roch ha-Chana,
Yom Kippour
Inscription à :
Articles (Atom)