Il est rapporté au nom du Arizal (Rabbi Its'hak Louria Ashkenazi, 1534-1572) que durant la période allant de Rosh ha-Shana à Yom Kippour, le travail de Téshouva doit se déployer au fil des jours de la semaine. Le dimanche doit être ainsi consacré à réparer les fautes commises durant l'ensemble des dimanches de l'année, le lundi à amender les erreurs réalisées durant l'ensemble des lundis, etc.
Toutefois, le Rebbe de Shinova (Rabbi Ye'hezkel Shraga Halberstam, 1813-1898) fait remarquer une évidence, à savoir que s'il en était ainsi, sept jours de pénitence auraient suffi ! Pourquoi donc précisément dix jours de pénitence ?
La réponse s'impose d'elle-même : le cheminement prescrit par le Arizal s'applique aux sept jours intermédiaires. Rosh ha-Shana en constitue la phase préparatoire et Yom Kippour la destination.
Qu'il faille donc mener ce travail de repentir la semaine précédent Kippour est tout naturel.
Mais quelle est, dans cette logique, la fonction de Rosh ha-Shana ?
Il suffit de se tourner vers la liturgie pour obtenir notre réponse. De fait, dès le premier jour de Rosh ha-Shana et jusqu'à la fin de Kippour, une modification intervient dans la troisième bénédiction de la 'Amida, "le D.ieu Saint" faisant place au "Roi Saint". Dans la prière du Moussaf de Rosh ha-Shana, nous introduisons également dix versets dits de Malkhouyot, c'est-à-dire célébrant D.ieu comme notre roi.
En un mot, Rosh ha-Shana est le jour de la proclamation de la souveraineté divine.
Et cette proclamation est bien le pré-requis à toute Téshouva, car comment et surtout pourquoi se repentir si l'on n'a pas auparavant reconnu la royauté de D.ieu ? Peut-on se repentir d'avoir transgressé les ordonnances d'un souverain que l'on ne tient pas pour nôtre ?
Mais plus encore qu'un pré-requis, cette prise de conscience, cette transformation psychologique est peut-être l'une des étapes les plus difficiles de la Téshouva, celle qui demande à l'homme le plus profond bouleversement de son être.
Rav Ben-Tsion ha-Kohen Kook, un auteur contemporain, rapporte à ce sujet un épisode plus qu'éloquent concernant son oncle, Rav Shlomo Wolbe (1914-2005), l'un des grands maîtres du Moussar.
Un élève se rendit un jour chez R. Shlomo Wolbe afin que le maître lui indique quel engagement prendre afin de progresser dans son cheminement spirituel. Le Rav lui répondit simplement : "La première chose est d'accepter la royauté de D.ieu. Engage-toi donc à réciter le Shéma' à la perfection !" [Puisqu'il est obligatoire d'accepter la royauté de D.ieu lors de la récitation du premier verset du Shéma' pour s'en acquitter.]
Une semaine plus tard, le même élève revint trouver le Rav et lui demanda de lui prescrire une nouvelle résolution à mettre en oeuvre. Et le Rav de lui demander : "Qu'en est-il du premier engagement que tu as pris ?" L'élève répondit qu'il récitait maintenant le Shéma' comme il convenait et qu'il voulait passer à l'étape suivante.
Le Rav l'interrogea alors : "Lorsque tu récites de Shéma' et que tu acceptes la royauté de D.ieu, sens-tu ton corps se révolter et crier : 'Je ne suis pas d'accord !' ?" L'élève répondit par la négative.
Le Rav conclut donc la discussion : "S'il en est ainsi, tu n'as pas encore véritablement accepté la royauté de D.ieu. Car lorsqu'on se soumet réellement à la royauté divine, cela touche à tous les aspects de la vie et il y a forcément des choses qu'il est difficile d'admettre. Le corps s'oppose avec force à cette soumission et il faut négocier avec lui afin qu'il consente à l'accepter. Mais si ton corps ne n'insurge pas, c'est le signe que tu n'as pas encore véritablement accepté la royauté de D.ieu."
Si l'exigence manifestée par Rav Wolbe va au-delà de ce que la Halakha requiert pour s'acquitter du commandement de la récitation du Shéma' (heureusement...), elle met en revanche en évidence la profondeur de la transformation que nous devons nous employer à réaliser en notre for intérieur pendant ces deux jours de Rosh ha-Shana.
Sources :
- R. Ye'hezkel Shraga Halberstam, "Divré Ye'hezkel" (nouvelle éd., Mishor, 1990)
- R. Yossef Shalom Eliashiv, "Peniné Téfila" (éd. Rav Ben-Tsion ha-Kohen Kook, 2009).
A ce stade, je tiens à remercier l'ami très cher qui -- guidé par l'intelligence du coeur -- m'a offert les deux livres cités en référence (deux parmi tant d'autres) ; le mérite de cette étude lui revient de droit.
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lundi 6 septembre 2010
jeudi 17 septembre 2009
A l'heure du bilan
Dans son discours sur Rosh ha-Shana, Na'hmanide s'interroge sur la raison de cette fête.
Car si la Tora nous en prescrit la célébration, elle ne nous en précise pas l'objet véritable. Cela contraste évidemment avec toutes les autres fêtes bibliques qui, elles, ont un objet précis : Pessa'h la sortie d'Egypte, Shavou'ot l'offrande des prémices, Kippour l'expiation des fautes, Soukkot la commémoration de la résidence des Hébreux dans le désert sous la protection divine.
Quant à Rosh ha-Shana, la Tora se borne à le désigner sous l'appellation de "jour du souvenir" à nous ordonner d'y sonner du Shoffar.
Pour nous, Rosh ha-Shana est essentiellement le jour du jugement, celui où tous les êtres humains comparaissent devant Dieu. Mais comment apprenons-nous cela ?
A cette question, Na'hmanide répond d'une manière qui peut donc être qualifiée de "contextuelle".
Le fait que Rosh ha-Shana tombe le premier jour du mois durant lequel a lieu le jeûne de Kippour suffit à nous indiquer qu'il s'agit du jour du jugement.
En effet, il ne peut y avoir pardon -- celui de Kippour -- que s'il y a au préalable jugement. Le jour de Rosh ha-Shana doit bien donc être celui du jugement.
Le nom qui lui est donné par la Tora, "jour du souvenir", prend alors tout son sens puisqu'à l'occasion du jugement, les actes de l'homme sont rappelés devant Dieu.
R. 'Hayim Sabato propose d'approfondir cette réflexion.
Dans un premier temps il fait remarquer que Rosh ha-Shana est à la fois le premier de jour de l'année civile juive et le premier jour du mois de Tishri. C'est donc à la fois Rosh ha-Shana et Rosh 'Hodesh.
Or c'est de manière explicite que la Tora parle d'expiation des fautes à propos des sacrifices offerts chaque mois le jour de Rosh 'Hodesh.
On peut tirer de cela un enseignement important : à chaque renouvellement, à chaque recommencement, pardon et repentir sont nécessaires.
Parce que tout moment de transition marque aussi bien le début d'une période que la fin de celle qui précède. A ce titre, il est nécessaire de rompre la marche folle de nos vies afin de prendre du recul, réaliser un bilan d'étape et tirer les leçons qui s'imposent, de s'amender, de corriger ce qui doit l'être.
Ce processus de bilan permet tant de donner sens au passé que d'aborder le chemin qui se présente à nous remplis d'espoir plutôt que de crainte.
Si déjà au début de chaque mois nous devons nous engager dans un processus de bilan, c'est-à-dire de repentir et d'expiation, plus encore devons-nous le faire au début du premier des mois de l'année.
De manière analogue, le Midrash associe le soir de Shabbat à l'idée de pardon : "Mar 'Ouqba enseigne : Quiconque prie de le vendredi soir et récite Vayekhoulou [le texte du Kiddoush], deux anges l'accompagnent, posent leurs mains sur sa tête et lui disent : "Tes péchés ont disparu, tes fautes sont effacées" (Isaïe 6:7)". [Traité Shabbat, 119b.]
(On pensera particulièrement à ce texte du Midrash cette année où Rosh ha-Shana tombe un Shabbat.)
Le Midrash rajoute d'ailleurs que c'est au jour de Shabbat que le premier homme [dont Rosh ha-Shana est l'anniversaire de la création] fit Téshouva. "Caïn sortit (Genèse 4:16). R. 'Hanina ben Yits'haq enseigne : Il sortit joyeux. Adam le rencontra et lui dit : - Quelle a été l'issue de ton jugement ? Caïn lui répondit : - Je me suis repenti et j'ai été relaxé. Adam se frappa alors le visage en disant : - Si grande est la force de la Téshouva et je ne le savais pas ! Immédiatement il entonna : "Psaume. Cantique pour le jour du Shabbat. Il est beau de rendre grâce à l’Eternel" (Psaumes 91:1-2)." [Béréshit Rabba, 22:16.]
Ici aussi, il apparaît que le Shabbat est le point de passage entre une semaine et la suivante ; c'est pour cette raison qu'y sont associées les idées de repentir et de pardon.
Mais en vérité, ce principe ne s'arrête ni au mois, ni à la semaine.
En effet, chaque soir, lors de la récitation du Shéma' qui précède le coucher, nous pardonnons ceux qui nous ont offensé et demandons l'expiation de nos fautes.
Afin de pouvoir entamer une nouvelle journée lavé des taches et des salissures de la veille, il est nécessaire de se repentir à l'heure du coucher. C'est de cette manière que nous pouvons mériter de nous renouveler et de recevoir une âme pure le matin venu.
Lors de ce Rosh ha-Shana, lors de ce Shabbat comme lors de chaque passage d'étape, sachons donc faire le bilan de nos actions, notre examen de conscience, et en tirer des enseignements constructifs afin de tracer devant nous une voie meilleure, un chemin plus droit.
Car si la Tora nous en prescrit la célébration, elle ne nous en précise pas l'objet véritable. Cela contraste évidemment avec toutes les autres fêtes bibliques qui, elles, ont un objet précis : Pessa'h la sortie d'Egypte, Shavou'ot l'offrande des prémices, Kippour l'expiation des fautes, Soukkot la commémoration de la résidence des Hébreux dans le désert sous la protection divine.
Quant à Rosh ha-Shana, la Tora se borne à le désigner sous l'appellation de "jour du souvenir" à nous ordonner d'y sonner du Shoffar.
Pour nous, Rosh ha-Shana est essentiellement le jour du jugement, celui où tous les êtres humains comparaissent devant Dieu. Mais comment apprenons-nous cela ?
A cette question, Na'hmanide répond d'une manière qui peut donc être qualifiée de "contextuelle".
Le fait que Rosh ha-Shana tombe le premier jour du mois durant lequel a lieu le jeûne de Kippour suffit à nous indiquer qu'il s'agit du jour du jugement.
En effet, il ne peut y avoir pardon -- celui de Kippour -- que s'il y a au préalable jugement. Le jour de Rosh ha-Shana doit bien donc être celui du jugement.
Le nom qui lui est donné par la Tora, "jour du souvenir", prend alors tout son sens puisqu'à l'occasion du jugement, les actes de l'homme sont rappelés devant Dieu.
R. 'Hayim Sabato propose d'approfondir cette réflexion.
Dans un premier temps il fait remarquer que Rosh ha-Shana est à la fois le premier de jour de l'année civile juive et le premier jour du mois de Tishri. C'est donc à la fois Rosh ha-Shana et Rosh 'Hodesh.
Or c'est de manière explicite que la Tora parle d'expiation des fautes à propos des sacrifices offerts chaque mois le jour de Rosh 'Hodesh.
On peut tirer de cela un enseignement important : à chaque renouvellement, à chaque recommencement, pardon et repentir sont nécessaires.
Parce que tout moment de transition marque aussi bien le début d'une période que la fin de celle qui précède. A ce titre, il est nécessaire de rompre la marche folle de nos vies afin de prendre du recul, réaliser un bilan d'étape et tirer les leçons qui s'imposent, de s'amender, de corriger ce qui doit l'être.
Ce processus de bilan permet tant de donner sens au passé que d'aborder le chemin qui se présente à nous remplis d'espoir plutôt que de crainte.
Si déjà au début de chaque mois nous devons nous engager dans un processus de bilan, c'est-à-dire de repentir et d'expiation, plus encore devons-nous le faire au début du premier des mois de l'année.
De manière analogue, le Midrash associe le soir de Shabbat à l'idée de pardon : "Mar 'Ouqba enseigne : Quiconque prie de le vendredi soir et récite Vayekhoulou [le texte du Kiddoush], deux anges l'accompagnent, posent leurs mains sur sa tête et lui disent : "Tes péchés ont disparu, tes fautes sont effacées" (Isaïe 6:7)". [Traité Shabbat, 119b.]
(On pensera particulièrement à ce texte du Midrash cette année où Rosh ha-Shana tombe un Shabbat.)
Le Midrash rajoute d'ailleurs que c'est au jour de Shabbat que le premier homme [dont Rosh ha-Shana est l'anniversaire de la création] fit Téshouva. "Caïn sortit (Genèse 4:16). R. 'Hanina ben Yits'haq enseigne : Il sortit joyeux. Adam le rencontra et lui dit : - Quelle a été l'issue de ton jugement ? Caïn lui répondit : - Je me suis repenti et j'ai été relaxé. Adam se frappa alors le visage en disant : - Si grande est la force de la Téshouva et je ne le savais pas ! Immédiatement il entonna : "Psaume. Cantique pour le jour du Shabbat. Il est beau de rendre grâce à l’Eternel" (Psaumes 91:1-2)." [Béréshit Rabba, 22:16.]
Ici aussi, il apparaît que le Shabbat est le point de passage entre une semaine et la suivante ; c'est pour cette raison qu'y sont associées les idées de repentir et de pardon.
Mais en vérité, ce principe ne s'arrête ni au mois, ni à la semaine.
En effet, chaque soir, lors de la récitation du Shéma' qui précède le coucher, nous pardonnons ceux qui nous ont offensé et demandons l'expiation de nos fautes.
Afin de pouvoir entamer une nouvelle journée lavé des taches et des salissures de la veille, il est nécessaire de se repentir à l'heure du coucher. C'est de cette manière que nous pouvons mériter de nous renouveler et de recevoir une âme pure le matin venu.
Lors de ce Rosh ha-Shana, lors de ce Shabbat comme lors de chaque passage d'étape, sachons donc faire le bilan de nos actions, notre examen de conscience, et en tirer des enseignements constructifs afin de tracer devant nous une voie meilleure, un chemin plus droit.
D'après R. 'Hayim Sabato, Ani lé-Dodi (éd. Yedi'ot Ah'aronot, 2005).
Libellés :
Jours de fête,
Roch ha-Chana
lundi 3 septembre 2007
Les halakhot du shofar en 10 points
Dans son ouvrage classique Ha-mo’adim ba-Halakha (Les fêtes dans la loi juive, Jérusalem, 1956), Rabbi Shlomo Yossef Zevin (1887-1978) expose en dix points thématiques l’ensemble des lois du shofar.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons quelques éléments biographiques quant au R. Zevin. Né en Russie, il était un descendant direct de l’un des fils du Tsema’h Tsedeq de Loubavitch. Il étudia à la Yéshiva de Mir et fut le proche tant de Rabbi Yossef Yits’haq Schneersohn que de R. Ye’hezqel Abramski ou de R. Shimon Shkopf.
Son arrivée en Erets Yisraël en 1935 fut annoncée par R. ‘Hayim ‘Ozer Grodzinski de Vilna qui écrivit aux personnalités du pays pour décrire sa grandeur.
Il est célèbre pour son oeuvre prolifique et d’une grande qualité et pour son rôle de rédacteur-en-chef de l’Encyclopédie talmudique.
Le R. Zevin expose donc les halakhot du shofar en 10 points :
1. L’obligation
2. La sonnerie
3. L’écoute
4. L’ordre
5. La matière
6. La forme
7. Les personnes
8. Le temps
9. L’intention
10. Les bénédictions.
Nous ne reprendrons ici que les grandes lignes du texte du Rav Zevin. Nous renvoyons les lecteurs à l’original pour l’ensemble des références halakhiques.
1. L’obligation
A priori, l’obligation du shofar ne fait pas question puisque la Tora dit expressément : “[Rosh ha-Shana] sera pour vous un jour de sonnerie”. Mais à y regarder de plus près, la nature de l’obligation n’est pas évidente : sommes-nous obligés de sonner du shofar ou d’écouter la sonnerie du shofar ? Ceci fait l’objet d’une discussion entre les Rishonim. Le Rambam (Maïmonide) établit la halakha de manière claire : “C’est un commandement positif que d’écouter la sonnerie du shofar à Rosh ha-Shana” (Hilkhot Shofar, 1:1). Dans ses responsa il précise encore les choses : “ce n’est pas la sonnerie mais l’écoute qui constitue la mitsva” (Freimann, § 78).
2. La sonnerieIl faut que le son que nous écoutons provienne d’une sonnerie, c’est-à-dire que la personne en charge de sonner souffle dans le shofar. D’où l’un des principes essentiel de cette mitsva : rien ne doit faire obstacle entre la bouche de celui qui sonne et le shofar. Le Ramban (Na’hmanide) a tiré de ce principe que celui qui arriverait à sonner dans un shofar sans le coller à sa bouche ne pourrait acquitter le public de son obligation ; ce point est rapporté dans le Shoul’han ‘Aroukh (§ 586... qui est d’ailleurs la valeur numérique du mot shofar !)
De même selon le Ramban, un shofar dont l’embouchure serait recouverte d’or à des fins décoratives ne permettrait pas de s’acquitter de la mitsva.
3. L’écoute
L’écoute du son doit être claire, sans interférence. C’est pourquoi celui qui entend le son d’un shofar provenant d’un puits, par exemple, n’est pas quitte, car l’on ne sait pas s’il a entendu le son du shofar lui-même ou son écho. Les décisionnaires du XXe siècle en ont déduit l’invalidité de l’écoute d’une sonnerie de shofar à travers le téléphone ou tout autre moyen de retransmission audio.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons quelques éléments biographiques quant au R. Zevin. Né en Russie, il était un descendant direct de l’un des fils du Tsema’h Tsedeq de Loubavitch. Il étudia à la Yéshiva de Mir et fut le proche tant de Rabbi Yossef Yits’haq Schneersohn que de R. Ye’hezqel Abramski ou de R. Shimon Shkopf.
Son arrivée en Erets Yisraël en 1935 fut annoncée par R. ‘Hayim ‘Ozer Grodzinski de Vilna qui écrivit aux personnalités du pays pour décrire sa grandeur.
Il est célèbre pour son oeuvre prolifique et d’une grande qualité et pour son rôle de rédacteur-en-chef de l’Encyclopédie talmudique.
Le R. Zevin expose donc les halakhot du shofar en 10 points :
1. L’obligation
2. La sonnerie
3. L’écoute
4. L’ordre
5. La matière
6. La forme
7. Les personnes
8. Le temps
9. L’intention
10. Les bénédictions.
Nous ne reprendrons ici que les grandes lignes du texte du Rav Zevin. Nous renvoyons les lecteurs à l’original pour l’ensemble des références halakhiques.
1. L’obligation
A priori, l’obligation du shofar ne fait pas question puisque la Tora dit expressément : “[Rosh ha-Shana] sera pour vous un jour de sonnerie”. Mais à y regarder de plus près, la nature de l’obligation n’est pas évidente : sommes-nous obligés de sonner du shofar ou d’écouter la sonnerie du shofar ? Ceci fait l’objet d’une discussion entre les Rishonim. Le Rambam (Maïmonide) établit la halakha de manière claire : “C’est un commandement positif que d’écouter la sonnerie du shofar à Rosh ha-Shana” (Hilkhot Shofar, 1:1). Dans ses responsa il précise encore les choses : “ce n’est pas la sonnerie mais l’écoute qui constitue la mitsva” (Freimann, § 78).
2. La sonnerieIl faut que le son que nous écoutons provienne d’une sonnerie, c’est-à-dire que la personne en charge de sonner souffle dans le shofar. D’où l’un des principes essentiel de cette mitsva : rien ne doit faire obstacle entre la bouche de celui qui sonne et le shofar. Le Ramban (Na’hmanide) a tiré de ce principe que celui qui arriverait à sonner dans un shofar sans le coller à sa bouche ne pourrait acquitter le public de son obligation ; ce point est rapporté dans le Shoul’han ‘Aroukh (§ 586... qui est d’ailleurs la valeur numérique du mot shofar !)
De même selon le Ramban, un shofar dont l’embouchure serait recouverte d’or à des fins décoratives ne permettrait pas de s’acquitter de la mitsva.
3. L’écoute
L’écoute du son doit être claire, sans interférence. C’est pourquoi celui qui entend le son d’un shofar provenant d’un puits, par exemple, n’est pas quitte, car l’on ne sait pas s’il a entendu le son du shofar lui-même ou son écho. Les décisionnaires du XXe siècle en ont déduit l’invalidité de l’écoute d’une sonnerie de shofar à travers le téléphone ou tout autre moyen de retransmission audio.
4. L’ordreLe nombre des sonneries et leur organisation est appelée dans le Talmud sédèr ou « ordre ». « Le sédèr des sonneries sera de trois groupes de trois sonneries chacun » (Rosh ha-Shana, 33b).
Selon la Tora, le sédèr complet est de 9 sonneries, 3 térou’ot précédées et suivies chacune d’une sonnerie longue, la téqi’a.
Sans entrer dans les détails du statut de chacune des sonneries, il y a une controverse sur la nature de la térou’a : s’agit-il de sanglots violents ou de gémissements répétés. Les gémissements sont traduits par les shévarim, ces trois sonneries moyennes et les sanglots par la térou’a, suite de 9 sons courts et saccadés.
C’est Rabbi Abahou qui a institué à Césarée que, pour s’acquitter de la mitsva en présence de ce doute sur la nature des sonneries, on sonnera trois fois les shévarim, trois fois la térou’a puis trois fois une combinaison de shévarim et térou’a. A chaque fois, bien sûr, le son intermédiaire étant précédé et suivi d’une téqi’a, un son long.
Cette institution ayant comme but essentiel de réunir l’ensemble de juifs autour d’une pratique commune et de mettre fin aux diverses interprétations qu’avaient adoptées les différentes communautés.
Il existe encore d’autres discussions quant aux sonneries qui sont faites pendant le moussaf : sont-elles toutes les mêmes, diffèrent-elles ? Sonne-t-on uniquement à la répétition du moussaf ou également durant la prière silencieuse, etc.
Enfin, les maîtres se sont interrogés sur la définition unitaire de chacune des sonneries et sur leur valeur : sont-elles indépendantes ? D’après notre leçon dans le Talmud : « Celui qui entend les neuf sonneries de neuf personnes différentes n’est pas quitte de son obligation » (34b).
Selon la Tora, le sédèr complet est de 9 sonneries, 3 térou’ot précédées et suivies chacune d’une sonnerie longue, la téqi’a.
Sans entrer dans les détails du statut de chacune des sonneries, il y a une controverse sur la nature de la térou’a : s’agit-il de sanglots violents ou de gémissements répétés. Les gémissements sont traduits par les shévarim, ces trois sonneries moyennes et les sanglots par la térou’a, suite de 9 sons courts et saccadés.
C’est Rabbi Abahou qui a institué à Césarée que, pour s’acquitter de la mitsva en présence de ce doute sur la nature des sonneries, on sonnera trois fois les shévarim, trois fois la térou’a puis trois fois une combinaison de shévarim et térou’a. A chaque fois, bien sûr, le son intermédiaire étant précédé et suivi d’une téqi’a, un son long.
Cette institution ayant comme but essentiel de réunir l’ensemble de juifs autour d’une pratique commune et de mettre fin aux diverses interprétations qu’avaient adoptées les différentes communautés.
Il existe encore d’autres discussions quant aux sonneries qui sont faites pendant le moussaf : sont-elles toutes les mêmes, diffèrent-elles ? Sonne-t-on uniquement à la répétition du moussaf ou également durant la prière silencieuse, etc.
Enfin, les maîtres se sont interrogés sur la définition unitaire de chacune des sonneries et sur leur valeur : sont-elles indépendantes ? D’après notre leçon dans le Talmud : « Celui qui entend les neuf sonneries de neuf personnes différentes n’est pas quitte de son obligation » (34b).
5. La matière
Selon le Talmud, « toutes les cornes conviennent sauf celle de la vache » (26a) et ce, pour trois raisons : (1) sa corne s’appelle qérèn et non shofar ; (2) un accusateur ne se transforme pas en avocat de la défense, or la vache rappelle le veau d’or ; (3) étant donné que la corne de la vache est composée de plusieurs couches, elle paraît constituer à elle seule plusieurs shofarot.
Selon le Talmud, « toutes les cornes conviennent sauf celle de la vache » (26a) et ce, pour trois raisons : (1) sa corne s’appelle qérèn et non shofar ; (2) un accusateur ne se transforme pas en avocat de la défense, or la vache rappelle le veau d’or ; (3) étant donné que la corne de la vache est composée de plusieurs couches, elle paraît constituer à elle seule plusieurs shofarot.
6. La formeIl y a une discussion dans le Talmud (26b) concernant la forme du shofar : doit-il être droit ou courbé ? La halakha est la suivante : « La mitsva de Rosh ha-Shana et du Kippour [de l’année du Jubilé] doit être réalisée avec un shofar courbé ».
Ici sont liés la matière du shofar et sa forme : les cornes de béliers sont en effet recourbées, alors que celles de gazelles sont droites.
D’autres détails sont passés en revue dans la halakha concernant la forme du shofar : qu’en est-il si on sonne à l’envers (soufflant dans la partie la plus proche de la tête de l’animal) ? si l’on raccourcit un shofar qui était trop long ? etc.
La longueur minimale du shofar doit d’être d’un empan (téfa’h), soit environ 10 cm, de manière à ce qu’il dépasse des deux côtés du poing lorsqu’on le tient en main.
Ici sont liés la matière du shofar et sa forme : les cornes de béliers sont en effet recourbées, alors que celles de gazelles sont droites.
D’autres détails sont passés en revue dans la halakha concernant la forme du shofar : qu’en est-il si on sonne à l’envers (soufflant dans la partie la plus proche de la tête de l’animal) ? si l’on raccourcit un shofar qui était trop long ? etc.
La longueur minimale du shofar doit d’être d’un empan (téfa’h), soit environ 10 cm, de manière à ce qu’il dépasse des deux côtés du poing lorsqu’on le tient en main.
7. Les personnes
Tous les juifs sont astreints à l’obligation du shofar, à l’exception des femmes (puisqu’il s’agit d’un commandement positif lié au temps), des sourds (’hérèsh) et des mineurs.
En général, lorsque les Sages parlent du « ’hérèsh », il s’agit d’un sourd-muet, mais dans le cas du shofar, même une personne sourde mais pouvant parler est exempte. En effet, un sourd n’entend pas et ne peut donc pas s’acquitter lui-même de son obligation d’écouter les sonneries du shofar. Or qui n’est pas en mesure de s’acquitter soi-même ne peut acquitter les autres (Shoul’han ‘Aroukh, § 589).
Le Talmud (33a) discute de la possibilité pour une femme de sonner du shofar. Selon les Tossefot, elles ont le droit non seulement de sonner mais également de dire la bénédiction « Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d’entendre le son du shofar » ; si beaucoup de décisionnaires tranchent de la sorte, l’auteur du Sha’agat Arié fait toutefois remarquer que cette opinion n’est pas pour autant universelle et qu’il préférable qu’un homme sonne pour elles.
Tous les juifs sont astreints à l’obligation du shofar, à l’exception des femmes (puisqu’il s’agit d’un commandement positif lié au temps), des sourds (’hérèsh) et des mineurs.
En général, lorsque les Sages parlent du « ’hérèsh », il s’agit d’un sourd-muet, mais dans le cas du shofar, même une personne sourde mais pouvant parler est exempte. En effet, un sourd n’entend pas et ne peut donc pas s’acquitter lui-même de son obligation d’écouter les sonneries du shofar. Or qui n’est pas en mesure de s’acquitter soi-même ne peut acquitter les autres (Shoul’han ‘Aroukh, § 589).
Le Talmud (33a) discute de la possibilité pour une femme de sonner du shofar. Selon les Tossefot, elles ont le droit non seulement de sonner mais également de dire la bénédiction « Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d’entendre le son du shofar » ; si beaucoup de décisionnaires tranchent de la sorte, l’auteur du Sha’agat Arié fait toutefois remarquer que cette opinion n’est pas pour autant universelle et qu’il préférable qu’un homme sonne pour elles.
8. Le tempsTout le jour de Rosh ha-Shana permet de s’acquitter de l’obligation du shofar, ainsi qu’il est dit : « Ce sera pour vous un jour de sonnerie ». Comme pour tous les commandements qu’il faut réaliser de jour, l’obligation commence quand le soleil commence à poindre (henets ha-‘hama), mais a posteriori, on peut sonner dès l’aube (‘alot ha-sha’har).
En raison des persécutions religieuses, les Sages ont repoussé les sonneries du shofar jusqu’à l’heure de moussaf ; c’est pourquoi on ne retrouve pas dans cette mitsva le principe habituel selon lequel les personnes les plus zélées dans l’accomplissement des mitsvot les accomplissent dès que possible, en l’occurrence dès le moment où le soleil commence à poindre.
En raison des persécutions religieuses, les Sages ont repoussé les sonneries du shofar jusqu’à l’heure de moussaf ; c’est pourquoi on ne retrouve pas dans cette mitsva le principe habituel selon lequel les personnes les plus zélées dans l’accomplissement des mitsvot les accomplissent dès que possible, en l’occurrence dès le moment où le soleil commence à poindre.
9. L’intentionIl y a deux intentions distinctes relatives au shofar : l’intention de s’acquitter de son obligation et l’intention de sonner.
La première intention est liée à la controverse générale dans la halakha concernant la nécessité d’une intention pour s’acquitter d’un commandement. A priori, cette intention est nécessaire.
La seconde intention, celle de sonner, est nécessaire même a posteriori. C’est-à-dire qu’une personne ayant soufflé dans un shofar sans intention de sonner et ayant produit un son par hasard, n’est pas quitte de son obligation, pas plus que ceux qui l’auraient entendu.
Pour que tous soient quittes, celui qui sonne doit avoir l’intention d’acquitter le public et le public doit avoir l’intention de s’acquitter en écoutant les sonneries.
Le Ramban introduit un distinguo intéressant : celui qui sonne pour la communauté ne devrait pas avoir l’intention de les acquitter de leur obligation, mais de leur faire entendre le son du shofar, puisque telle est leur obligation.
La première intention est liée à la controverse générale dans la halakha concernant la nécessité d’une intention pour s’acquitter d’un commandement. A priori, cette intention est nécessaire.
La seconde intention, celle de sonner, est nécessaire même a posteriori. C’est-à-dire qu’une personne ayant soufflé dans un shofar sans intention de sonner et ayant produit un son par hasard, n’est pas quitte de son obligation, pas plus que ceux qui l’auraient entendu.
Pour que tous soient quittes, celui qui sonne doit avoir l’intention d’acquitter le public et le public doit avoir l’intention de s’acquitter en écoutant les sonneries.
Le Ramban introduit un distinguo intéressant : celui qui sonne pour la communauté ne devrait pas avoir l’intention de les acquitter de leur obligation, mais de leur faire entendre le son du shofar, puisque telle est leur obligation.
10. Les bénédictionsParmi les bénédictions liées au shofar, il y a la bénédiction prononcée avant les premières sonneries (lishmoa’ qol shofar) d’une part, et les trois bénédictions du moussaf au moment desquelles on sonne (malkhouyot, zikhronot, shofarot) d’autre part.
La première bénédiction est à proprement parler la bénédiction du shofar.
Mais les trois dernières bénédictions, celles du moussaf, ne sont pas indissociables du shofar. Ce sont les Sages qui ont décidé de répartir les sonneries selon leur ordre et donc de les y associer.
Dix versets sont récités avant chacune de ces trois bénédictions. Ceux de la troisième partie, « shofarot » nous transportent depuis le don de la Tora, durant lequel les enfants d’Israël entendirent le son du shofar céleste, jusqu’à la rédemption messianique où le son d’un grand shofar retentira afin de rassembler l’ensemble des exilés d’Israël.
La première bénédiction est à proprement parler la bénédiction du shofar.
Mais les trois dernières bénédictions, celles du moussaf, ne sont pas indissociables du shofar. Ce sont les Sages qui ont décidé de répartir les sonneries selon leur ordre et donc de les y associer.
Dix versets sont récités avant chacune de ces trois bénédictions. Ceux de la troisième partie, « shofarot » nous transportent depuis le don de la Tora, durant lequel les enfants d’Israël entendirent le son du shofar céleste, jusqu’à la rédemption messianique où le son d’un grand shofar retentira afin de rassembler l’ensemble des exilés d’Israël.
Libellés :
Jours de fête,
Roch ha-Chana
lundi 27 août 2007
Tishri ou l’Espérance d’Israël
En cette veille de Rosh ha-Shana, je me permets de partager avec vous un enseignement de Rav Shmouel Asher Schlammé, mashguia’h de la yéshiva de Manchester. [L’entière responsabilité de l’adaptation écrite et de ses erreurs potentielles demeure mienne.]
Après la traversée de la Mer Rouge, Israël fut attaqué par son ennemi éternel, Amalec. Durant la bataille, Moshé se tint en prière, entouré d’Aharon et de ‘Hour. « Or, tant que Moshé tenait son bras levé, Israël avait le dessus ; lorsqu’il le laissait fléchir, c’est Amalec qui l’emportait » (Exode 17:11). Rashi explique que Moshé levait ses mains en prière de telle manière que ses mains elles-mêmes étaient « émouna », foi. Rashi rapporte toutefois l’élucidation du Talmud : « Etaient-ce les mains de Moshé qui gagnaient la bataille ? Non, plutôt, lorsqu’Israël [suivaient la direction indiquée par les mains de Moshé et] levaient leurs yeux vers le Ciel, ils gagnaient, etc. ».
Mais le plus étonnant est que Rashi, d’après les Sages, qualifie les mains de Moshé de « émouna », foi. La Tora n’enseigne-t-elle pas que : « La voix, c’est la voix de Jacob ; mais les mains sont les mains d’Esaü » (Genèse 27:22), c’est-à-dire que la force d’Israël réside dans sa parole, contrairement à Esaü dont la force est celle des mains ?
C’est pour cette raison même qu’Esaü porterait son nom – ‘Essav, en hébreu, provenant de la même racine que ‘assia, l’action – sa présence au monde n’étant que du domaine de l’action ; la voix à travers ses formes les plus nobles – prière, étude – demeure l’apanage de Jacob.
Du point de vue de la halakha, Rabbi Akiva Eiger (1768-1838) précise dans son commentaire sur le Shoul’han ‘Aroukh qu’en vérité, nous devrions nous aussi prier les mains tendues vers le Ciel. Ce qui nous en empêche, c’est que les nations ont adopté cet usage et qu’il nous est interdit de suivre les mêmes voies qu’eux.
Mais quelle est donc la signification d’une prière les mains tendues vers le Ciel ?
L’explication simple consiste à y voir un acte de renonciation, de résignation de l’homme : « Je ne peux rien accomplir de mes seules mains ; tout est entre Tes mains, en Ton pouvoir ».
Lorsqu’on se lave les mains avant de manger du pain, lorsque l’on fait nétilat yadayim, la signification est la même. Un homme peut avoir peiné toute la journée, lorsqu’il rentre chez lui le soir venu et s’apprête à manger, il dresse les mains qu’il vient de purifier comme pour dire : « Malgré tout mon labeur, c’est à Toi seul que je suis redevable de ma subsistance, Toi qui fais sortir le pain de la terre (ha-motsi lé’hém min ha-arets) ».
Pour obtenir le pardon divin, le peuple d’Israël dispose de deux ressources : la prière (téfila) et le repentir (téshouva). Quelle est la différence entre ces deux moyens ?
Pour le Midrash, le repentir est semblable à la mer tandis que la prière ressemble à un mikvé, un bain de purification rituelle.
De même que la mer est une étendue d’eau ouverte à tous, toujours disponible, le repentir d’un homme est toujours agréé. Rien ne peut faire obstacle à qui veut véritablement s’amender.
Le mikvé, quant à lui, est un lieu qui a ses horaires d’ouverture et de fermeture. Pour qu’une prière soit acceptée, faut-il encore savoir prier, réunir les conditions nécessaires à la prière, bénéficier d’une heure qui y soit propice (‘et ratson).
Cette idée apparaît déjà en filigranes dans la conclusion du traité talmudique Yoma, entièrement consacré à Kippour :
« Rabbi Akiva enseigne : Heureux soyez-vous Israël ! Devant qui vous purifiez-vous ? et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux Cieux ! Ainsi qu’il est dit : “Et j’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs” (Ezéchiel 36:25). Et il est encore dit : “L’espérance d’Israël, c’est D.ieu” (Jérémie 17:13) : de même que le mikvé purifie ceux qui sont impurs, de même le Saint béni soit-Il purifie Israël. »
Si les eaux pures du premier verset font allusion au repentir, à cette mer toujours ouverte, le second verset se réfère quant à lui explicitement au mikvé puisque c’est le terme même qui est utilisé, ce dernier signifiant en hébreu « espérance » aussi bien que « bain de purification ».
Pourquoi donc se répandre en prières s’il suffit de se repentir ?
Tout simplement parce que, lorsque Rosh ha-Shana approche, beaucoup d’entre nous se rendent compte que presqu’aucune de nos résolutions de repentance n’ont eu d’effet durable et que nous en sommes revenus à nos anciens travers.
Lorsque l’on réalise qu’après tant de regrets sincères et malgré une volonté qui ne l’était pas moins, nous avons répété encore et encore nos erreurs, une unique solution demeure : prier.
Depuis le 1er du mois de elloul et jusqu’au 10 tishri, le jour de Kippour, soit pendant 40 jours, D.ieu nous offre une période propice à l’acceptation des prières, à la réalisation de nos vœux d’amendement, de progrès, d’amélioration, d’élévation. Mieux qu’une mer, certes toujours ouverte mais qui nous semble infranchissable de par son immensité, il nous ouvre pendant ces 40 jours un bain de purification, un mikvé, une espérance.
Sachons saisir ces moments exceptionnels, tendons vers lui nos mains et remettons notre destin entre les Siennes en lui demandant de nous purifier pour une nouvelle année de joie, de santé et de progrès spirituel.
Après la traversée de la Mer Rouge, Israël fut attaqué par son ennemi éternel, Amalec. Durant la bataille, Moshé se tint en prière, entouré d’Aharon et de ‘Hour. « Or, tant que Moshé tenait son bras levé, Israël avait le dessus ; lorsqu’il le laissait fléchir, c’est Amalec qui l’emportait » (Exode 17:11). Rashi explique que Moshé levait ses mains en prière de telle manière que ses mains elles-mêmes étaient « émouna », foi. Rashi rapporte toutefois l’élucidation du Talmud : « Etaient-ce les mains de Moshé qui gagnaient la bataille ? Non, plutôt, lorsqu’Israël [suivaient la direction indiquée par les mains de Moshé et] levaient leurs yeux vers le Ciel, ils gagnaient, etc. ».
Mais le plus étonnant est que Rashi, d’après les Sages, qualifie les mains de Moshé de « émouna », foi. La Tora n’enseigne-t-elle pas que : « La voix, c’est la voix de Jacob ; mais les mains sont les mains d’Esaü » (Genèse 27:22), c’est-à-dire que la force d’Israël réside dans sa parole, contrairement à Esaü dont la force est celle des mains ?
C’est pour cette raison même qu’Esaü porterait son nom – ‘Essav, en hébreu, provenant de la même racine que ‘assia, l’action – sa présence au monde n’étant que du domaine de l’action ; la voix à travers ses formes les plus nobles – prière, étude – demeure l’apanage de Jacob.
Du point de vue de la halakha, Rabbi Akiva Eiger (1768-1838) précise dans son commentaire sur le Shoul’han ‘Aroukh qu’en vérité, nous devrions nous aussi prier les mains tendues vers le Ciel. Ce qui nous en empêche, c’est que les nations ont adopté cet usage et qu’il nous est interdit de suivre les mêmes voies qu’eux.
Mais quelle est donc la signification d’une prière les mains tendues vers le Ciel ?
L’explication simple consiste à y voir un acte de renonciation, de résignation de l’homme : « Je ne peux rien accomplir de mes seules mains ; tout est entre Tes mains, en Ton pouvoir ».
Lorsqu’on se lave les mains avant de manger du pain, lorsque l’on fait nétilat yadayim, la signification est la même. Un homme peut avoir peiné toute la journée, lorsqu’il rentre chez lui le soir venu et s’apprête à manger, il dresse les mains qu’il vient de purifier comme pour dire : « Malgré tout mon labeur, c’est à Toi seul que je suis redevable de ma subsistance, Toi qui fais sortir le pain de la terre (ha-motsi lé’hém min ha-arets) ».
Pour obtenir le pardon divin, le peuple d’Israël dispose de deux ressources : la prière (téfila) et le repentir (téshouva). Quelle est la différence entre ces deux moyens ?
Pour le Midrash, le repentir est semblable à la mer tandis que la prière ressemble à un mikvé, un bain de purification rituelle.
De même que la mer est une étendue d’eau ouverte à tous, toujours disponible, le repentir d’un homme est toujours agréé. Rien ne peut faire obstacle à qui veut véritablement s’amender.
Le mikvé, quant à lui, est un lieu qui a ses horaires d’ouverture et de fermeture. Pour qu’une prière soit acceptée, faut-il encore savoir prier, réunir les conditions nécessaires à la prière, bénéficier d’une heure qui y soit propice (‘et ratson).
Cette idée apparaît déjà en filigranes dans la conclusion du traité talmudique Yoma, entièrement consacré à Kippour :
« Rabbi Akiva enseigne : Heureux soyez-vous Israël ! Devant qui vous purifiez-vous ? et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux Cieux ! Ainsi qu’il est dit : “Et j’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs” (Ezéchiel 36:25). Et il est encore dit : “L’espérance d’Israël, c’est D.ieu” (Jérémie 17:13) : de même que le mikvé purifie ceux qui sont impurs, de même le Saint béni soit-Il purifie Israël. »
Si les eaux pures du premier verset font allusion au repentir, à cette mer toujours ouverte, le second verset se réfère quant à lui explicitement au mikvé puisque c’est le terme même qui est utilisé, ce dernier signifiant en hébreu « espérance » aussi bien que « bain de purification ».
Pourquoi donc se répandre en prières s’il suffit de se repentir ?
Tout simplement parce que, lorsque Rosh ha-Shana approche, beaucoup d’entre nous se rendent compte que presqu’aucune de nos résolutions de repentance n’ont eu d’effet durable et que nous en sommes revenus à nos anciens travers.
Lorsque l’on réalise qu’après tant de regrets sincères et malgré une volonté qui ne l’était pas moins, nous avons répété encore et encore nos erreurs, une unique solution demeure : prier.
Depuis le 1er du mois de elloul et jusqu’au 10 tishri, le jour de Kippour, soit pendant 40 jours, D.ieu nous offre une période propice à l’acceptation des prières, à la réalisation de nos vœux d’amendement, de progrès, d’amélioration, d’élévation. Mieux qu’une mer, certes toujours ouverte mais qui nous semble infranchissable de par son immensité, il nous ouvre pendant ces 40 jours un bain de purification, un mikvé, une espérance.
Sachons saisir ces moments exceptionnels, tendons vers lui nos mains et remettons notre destin entre les Siennes en lui demandant de nous purifier pour une nouvelle année de joie, de santé et de progrès spirituel.
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