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jeudi 21 octobre 2010

Résumé Parachat Vayéra

D.ieu se révèle à Avraham trois jours après sa circoncision à l’âge de 99 ans mais Avraham court pour accueillir trois voyageurs auxquels il prépare un repas. L’un des ces trois hommes, qui sont en fait des anges ayant pris une apparence humaine, annonce que dans exactement un an, Sarah donnera naissance à un fils. Sarah rit en apprenant cette nouvelle. Après le départ des anges, Avraham plaide devant D.ieu et lui demande d’épargner la ville corrompue de Sodome car Il a décidé de détruire. Mais Avraham ne peut empêcher cette décision de se réaliser car il n’y plus de juste dans cette ville et seul Loth, son neveu, sera sauvé. Deux des trois anges arrivent à Sodome où Loth leur offre l’hospitalité et les protège des intentions malveillantes de la foule. Les deux anges révèlent qu’ils sont venus pour détruire la ville et sauver Loth et sa famille. Dans leur fuite, la femme de Loth ne respecte pas l’ordre des anges de ne pas se retourner pour voir la destruction de la ville et se transforme en statue de sel.

Ayant trouvé refuge dans une caverne, et pensant être les seuls rescapés d’une nouvelle destruction du monde, les deux filles de Loth font boire leur père pour avoir des relations avec lui. Elles conçoivent toutes deux et les deux fils qui naissent, Amon et Moav, sont à l’origine des peuples du même nom.

Avraham voyage pour arriver à Gérar, où le roi philistin, Avimélekh, prend Sarah qui s’est présentée comme la sœur d’Avraham. Dans un rêve, D.ieu apprend à Avimélekh qu’il mourra s’il ne rend pas cette femme à son mari. Avraham explique qu’il a agi ainsi par peur qu’on le tue pour prendre Sarah qui était très belle.

D.ieu se souvient de la promesse faite à Avraham et Sarah et cette dernière donne naissance à un fils qui est nommé Its’hak (ce qui signifie « Il rira »). Its’hak est circoncis à l’âge de huit jours. Avraham est âgé de 100 ans et Sarah de 90 ans à la naissance d’Its’hak.

Hagar et Ichmaël sont chassé de la maison d’Avraham et errent dans le désert. D.ieu entend les pleurs d’Ichmaël qui est mourant et lui sauve la vie en montrant à sa mère un puits. Avimélekh établit une alliance avec Avraham à Beer Chéva. Avraham offre alors à Avimélekh 7 brebis comme signe de cette alliance.

D.ieu met à l’épreuve Avraham une dixième fois en lui demandant de sacrifier son fils sur le mont Moriah (le mont du Temple à Jérusalem). Its’hak est ligoté, placé sur l’autel et Avraham lève sa main pour le sacrifier. La voix d’un ange l’arrête et Avraham, remarquant un bélier dont les cornes se sont emmêlées dans un buisson, le sacrifie à la place de son fils. Avraham apprend alors la naissance de Rivka, fille de son neveu Bétouel.

Vayéra : respecter les lois de la nature.

A propos de la révélation de D.ieu à Avraham au début de notre paracha, Rachi apporte le commentaire suivant: «D.ieu s‘est révélé à lui pour rendre visite au souffrant. Ce jour là était le troisième jour après sa circoncision et D.ieu est venu pour prendre des nouvelles d‘Avraham.» Ce commentaire appelle la question suivante : si la finalité de cette révélation était d‘apporter le réconfort à Avraham qui était souffrant à la suite de la circoncision, pourquoi D.ieu a-t-il choisi précisément le 3ème jour ? Certes, nos Sages expliquent que la souffrance consécutive à la circoncision atteint son apogée le troisième jour. Mais le deuxième jour, Avraham doit être considéré comme une personne néanmoins souffrante qui est aussi concernée par la «visite des malades ». Comment donc expliquer le choix du troisième jour ? Nous répondrons à cette question en introduisant la spécificité de la circoncision effectuée par Avraham. En effet, les commandements que nous accomplissons depuis le don de la Thora ont une puissance que n‘avaient pas ceux accomplis par les patriarches. La raison en est que nous les réalisons en tant que commandements de D.ieu et que nous sommes investis de Sa force, de sorte que nous avons par là la capacité et le but de changer le monde matériel. Cependant, nous devons en même temps rester des êtres humains et ne nous pouvons pas faire appel à des miracles, tant dans la réalisation que dans la préparation ou dans les conséquences assumée de nos bonnes actions. Les patriarches, eux, ont accompli les commandements avant qu‘ils ne soient édictés. Ils n‘avaient donc pas cette force. Mais ils devaient cependant ouvrir la voie à la finalité introduite par le don de la Thora. Il fallait pour cela qu‘Avraham accomplisse au moins un commandement à l‘image de ceux que nous avons reçus au mont Sinaï, et ce fut la circoncision, pour laquelle il attendit l‘ordre de D.ieu. Or, nos sages nous enseignent que celui qui rend visite à un malade lui retire par là au moins une part de sa maladie. Ainsi en a-t-il été, et à un niveau de perfection divine, de la «visite » de D.ieu à Avraham qui a eu pour effet de guérir Avraham. Mais comme la circoncision d‘Avraham devait être accomplie de la manière la plus «normale » possible, cette révélation ne pouvait intervenir avant le troisième jour, date à laquelle, d‘après tous les avis, la souffrance atteint son sommet pour ensuite redescendre de manière naturelle. Cette réponse, selon laquelle D.ieu a souhaité apporter la guérison en respectant les lois de la nature, est aussi porteuse de sens pour notre temps d‘exil. Car sans rechercher la difficulté et l‘épreuve inutile, nous devons savoir accepter et surmonter par nos propres moyens les obstacles qui se présentent à nous dans notre volonté de réaliser la volonté de D.ieu. Et seulement alors nous faisons de notre monde un lieu de résidence pour la présence divine.

Vayéra : la transcendance de la bonté

Dans son plaidoyer pour Sodome et Gomorrhe, Abraham, au moment où il se permet de pousser son argumentaire, l'introduit par la phrase suivante: « ...je me permettrai de parler à mon D.ieu alors que je ne suis que terre et cendre» (Genèse, 18:27). A ce propos, le Midrach apporte le commentaire suivant: « En récompense du fait qu'Abraham a dit 'je suis terre et cendre', ses enfants ont mérité d'avoir deux commandements, la cendre de la vache rousse et la terre de la femme soupçonnée (Sota). » En fait, le Midrach établit un lien analogique entre le mot « terre » et la cérémonie de la femme soupçonnée (en hébreu « Sota ») par son mari d'adultère parce qu'elle s'était isolée avec un homme, malgré la mise en garde de son mari. En effet, cette femme était convoquée au Temple où on lui faisait prêter serment qu'elle n'avait pas fauté. Ce serment était écrit, avec le nom de D.ieu, sur un parchemin qui était effacé dans de l'eau à laquelle on mêlait de la terre du sol Temple. On faisait boire cette eau à la femme soupçonnée qui, en cas de culpabilité, décédait, et en cas d'innocence, retrouvait une nouvelle jeunesse. De la même manière, le Midrach établit un lien entre le mot « cendre » et les cendres de la vache rousse. Pour purifier ceux qui étaient entrés en contact avec un défunt et avaient par là contracté l'impureté rituelle, il fallait brûler une vache rousse dont les cendres étaient mêlées à de l'eau de source pour en asperger et purifier celui qui est impur.

Cependant, nous savons que D.ieu récompense toujours « mesure pour mesure ». Par conséquent, il y a forcément, au delà du simple lien entre les mots, un rapport de sens entre la phrase d'Abraham et les commandements dont nous avons hérité par cela.

En fait, ce sens commun vient souligner la dimension de la bonté que le judaïsme exige du peuple juif. Car il y a deux niveaux dans la bonté. Il y a la bonté qui vient satisfaire l'ego de la personne. Et il y a la bonté où celui qui donne ne pense qu'à l'autre. Abraham nous a donné l'exemple d'une bonté qui exprime l'humilité à l'extrême et pour laquelle on est même prêt à faire sacrifice de soi même. Au début de la paracha, il accourt pour accueillir ses invités alors même qu'il est en face de la révélation divine. Il est donc même prêt à faire don de son élévation spirituelle pour se donner aux autres. C'est ce sens du sacrifice de soi qui imprègne sa plaidoirie pour Sodome et que l'on retrouve dans la phrase « je suis terre et cendre ». Car Abraham ne prenait pas en compte son ego.

Nous comprenons maintenant le rapport avec les deux commandements qui sont cités par le Midrach. Car on y retrouve cette dimension particulière de la bonté exigée par le judaïsme. Dans le cas de la vache rousse, il est une loi, tirée des versets, selon laquelle celui qui aspergeait l'individu impur avec les eaux de la vache rousse devenait lui même impur. Ainsi, le Cohen qui exécutait cette purification acceptait de faire sacrifice de sa propre pureté pour permettre à autrui de s'en extraire. De la même manière, dans le cérémonial de la femme soupçonnée, nous voyons que D.ieu accepte de voir Son nom effacé afin de rétablir l'harmonie et la paix entre un homme et son épouse.

Ainsi donc, Abraham a ouvert la voie à une bonté d'une dimension infiniment plus élevée qu'une simple charité par compassion. Nous devons aider autrui, sans penser à soi, quitte à faire des sacrifices matériels, et parfois même spirituels.