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jeudi 23 décembre 2010

Résumé Parachat Chémot

Les enfants d’Israël se multiplient en Egypte. Se sentant menacé par leur croissance démographique, le Pharaon les réduit à l’esclavage, et ordonne aux sages femmes d’Israël, Chifrah et Poua, de tuer tous les nouveau-nés mâles à la naissance. Ces dernières refusent l’ordre du Pharaon qui ordonne alors aux hébreux de jeter tous les nouveau-nés mâles dans le Nil.

Yokhéved, fille de Lévi, donne naissance à un garçon. Amram, son mari, le place dans un panier qu’il dépose dans le Nil, alors que la sœur du bébé, Myriam, le surveille de loin. La fille du Pharaon découvre bébé, le prénomme Moïse (« tiré » des eaux) et l’élève comme son fils.

Alors qu’il est devenu un jeune homme, Moïse quitte le Palais et découvre la souffrance de ses frères. Il voit un égyptien frapper un hébreu et tue l’égyptien Le lendemain, il voit deux hébreux se disputer et réprimande celui qui portait la main sur l’autre. Les deux hommes dénoncent alors son action de la veille au Pharaon, ce qui force Moïse à fuir l’Egypte pour la terre de Midiane. Là bas, il sauve les filles de Ytro d’une agression des bergers locaux. Il épouse Tsippora, l’une des filles de Ytro, et devient le berger des troupeaux de son beau père.

Un jour, D.ieu se révèle à Moïse dans un buisson en flamme au pied du mont Sinaï. Il lui demande de se rendre chez le Pharaon et de lui exiger en Son Nom : « Libère Mon peuple de sorte qu’il Me serve ». Aharon, son frère, est désigné comme son porte parole. En Egypte, Moïse et Aharon rassemblent les anciens d’Israël et leur annoncent que le temps de la délivrance est arrivé. Le peuple a foi mais le Pharaon refuse de les libérer. Au contraire, il endurcit encore les conditions de l’esclavage.

Moïse revient vers D.ieu et proteste : « Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m’as-Tu envoyé ? » Mais D.ieu promet que la rédemption est toute proche.

Chémot : un nouveau pharaon?

A propos du verset selon lequel: « un nouveau roi se leva sur l’Egypte, qui ne connaissait pas Yosseph », Rachi apporte le commentaire suivant : « Rav et Chmouel [s’opposent à ce propos]: l’un dit [qu’il s’agit d’un pharaon] nouveau au sens propre, et l’autre dit que [c’est le même pharaon mais que] ce sont ses décrets qui ont changé.»

Quelle est donc la difficulté qui amène Rachi à citer ces deux opinions, notamment la deuxième où il faut comprendre que c’est le pharaon qui connut Yosseph et ses compétences, qui lui-même entreprit s’asservir le peuple juif? Par ailleurs, comment expliquer que Rachi cite le nom de l’auteur de chacune de ces interprétations (Rav et Chmouel) alors qu’il ne le fait pas en règle générale ?

Pour répondre à ces questions, il faut lire le verset dans son intégralité. Le texte dit : « un nouveau roi se leva sur l’Egypte, qui ne connaissait pas Yosseph ». La fin du verset est difficile à comprendre d’après l’avis de Chmouel: s’il s’agit du même pharaon, que signifie : « qui ne connaissait pas Yosseph »? Rachi apporte la réponse suivante : « il faut comprendre qu’il fit semblant de ne pas connaître Yosseph ». Mais d’après l’avis de Rav, la fin du verset est tout aussi difficile à comprendre. Comment accepter que le successeur immédiat du pharaon, dont certains des sujets étaient contemporains de Yosseph, ne le connaisse pas? Nous sommes donc contraints de dire que pour Rav comme pour Chmouel, la fin du verset doit être comprise au sens figuré: il s’agit d’un pharaon qui fit mine d’oublier tous les bons et loyaux services de Yosseph. Au final, il apparaît que le but de ce verset n’est pas de faire un rappel historique mais de souligner l’ingratitude du pharaon (quel qu’il soit) qui asservit le peuple d’Israël. Et en citant les noms de Rav et Chmouel, Rachi donne en allusion deux axes de compréhension quant à la nature de cette ingratitude.

En effet, le Talmud (Békhorot, 49b) nous apprend que la loi juive est toujours tranchée comme Rav dans le domaine des interdictions rituelles (en hébreu «Issouré») et comme Chmouel pour ce qui concerne les litiges financiers (« Mamoné»). Les commentateurs expliquent cette règle du fait que Rav était confronté en permanence à des problématiques liées aux interdictions rituelles alors que Chmouel était toujours sollicité pour des litiges financiers. Chacun avait donc acquis une grande profondeur de compréhension dans son domaine et le Talmud a choisi de trancher selon le domaine de prédilection. Or, les questions d’interdictions rituelles relèvent de la relation de l’homme à D.ieu alors que les litiges financiers engagent l’homme vis-à-vis de son prochain. Il faut donc en déduire que Rav a tendance à analyser lesproblèmes par rapport à la relation à D.ieu. C’est pourquoi il pense qu’il s’agit d’un nouveau pharaon au sens propre qui n’a pas connu personnellement Yosseph. Son manque de reconnaissance est donc essentiellement d’ordre moral, vis-à-vis de D.ieu qui est témoin de l’histoire. Par contre, Chmouel se concentre sur les devoirs de l’homme vis-à-vis d’autrui. Pour lui, le verset vient donc souligner qu’il y a ingratitude par rapport à une personne et dans cette perspective, il faut considérer que c’est le même pharaon, qui a connu Yosseph, et qui entreprend malgré tout d’asservir ses descendants.
Pour conclure, on pourra tirer enseignement de l’attitude de Moïse devant un tel personnage. En effet, Moïse se rendit chez le pharaon« avec le bâton de D.ieu dans sa main». Car devant ce pharaon, modèle des oppresseurs de notre histoire, seules la fermeté et la fierté de notre identité juive, symbolisées parce « bâton de D.ieu », nous guident sur la voie de la liberté matérielle et spirituelle.